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Focus Music-Box Mes Souliers Sont Rouges
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Focus Music-Box #29 : Mes Souliers Sont Rouges

Sous-titre
Avril 2022

Mes Souliers Sont Rouges ont sorti leur huitième album, « Faut se mêler » le 22 avril 2022. Pour préparer leur nouveau spectacle, ils ont effectué une résidence au Big Band Café du 19 au 23 avril. Rencontre avec Deny, Gullivan et Perrine après leur premier jour de résidence.

 

Tout d’abord, pouvez-vous nous faire une petite présentation du groupe ?

Deny : On a fêté les 30 ans du groupe en novembre dernier. Mes Souliers Sont Rouges est une histoire de copains qui ont découvert la musique traditionnelle québécoise revisitée par La Bottine Souriante, un groupe qui a dépoussiéré cette musique en y mettant du jazz, de la fusion, du swing. A l’époque, il y avait une cassette qui tournait pendant des stages BAFA, parce qu'on vient tous peu ou prou de l'animation. On était trois ou quatre copains et on a commencé à jouer cette musique-là dans les bistrots, cinq au bout de 2 ans et puis c'est monté tranquillement, tout doucement mais sûrement. On a joué notre premier concert en novembre 1991.

Gullivan :  C'était dans un bar étudiant en bas de la fac rue du Gaillon. Le bar s’appelait Le Beaujolais.

Deny : A l'époque ils couchaient les jeux électroniques, posaient des planches agglomérées pour la scène et c'était la folie.

Gullivan : Au départ on jouait au black pour ne pas se mentir et on est devenus professionnels petit à petit. Aujourd'hui, c’est plus réglementé et c'est très difficile pour les patrons de bars qui sont obligés de passer un stage pour avoir une licence d'entrepreneur de spectacles. C'est une autre démarche.

Deny : Notre premier album est sorti en 1995, puis un deuxième en 1997 enregistré au Québec. On a fait l’Olympia en 2001. L'aventure continue, même si l'équipe a changé un petit peu avec des allées et venues. On a repris en 2018 avec trois nouveaux membres, notamment Simon, l’accordéoniste qui a vu Les Souliers quand il avait 13 ans. Ils connaissent bien l’histoire du groupe. Depuis on a fait deux albums.

Gullivan :  Il y a deux générations d’artistes dans le groupe.

Deny : Perrine et Efflam sont nés en 1986, on a vingt ans de différence.  

Mes Souliers Sont Rouges

Et par rapport au line-up de départ, qui est encore dans le groupe ?

Gullivan : Je suis le seul fondateur et Deny est le seul musicien à avoir enregistré tous les albums du groupe.

 

Pour en venir à votre actualité, vous êtes actuellement en résidence au BBC du 19 au 23 avril. Pour quel type de résidence ?

Gullivan : C’est une résidence pour un nouveau spectacle. C'est une mise en scène, une mise en situation technique, à la fois son et lumière avec Perrine qui est là depuis un an. C'est pour la sortie de ce nouvel album « Faut se mêler » qui sort le 22 avril.

Deny : On a répété les morceaux à nous cinq, et là on s'est donné rendez-vous avec l’équipe technique. On a cinq jours pour travailler. On a fait l'ordre des morceaux et la set liste. On va commencer à travailler les enchaînements, imaginer les déplacements.

Gullivan :  Avec nos techniciens, Julien au son et Cyril à la lumière. Quand nous répétons la musique, on se réunit la plus grosse partie du temps à Caen au Chemin Vert à La Centrifugeuz dont nous sommes adhérents. C'est un collectif d'artistes et de citoyens et c'est là-bas que nous avons créé nos deux derniers albums. On se réunit chaque fois en faisant des sessions plusieurs jours parce qu'il y a le studio mutualisé et on peut dormir là-bas.

Deny : C'est un ancien lycée dans lequel il y avait des logements de fonction. Il y a une cuisine, trois chambres et dans la pièce qui était le salon, on a installé des pendrillons, une moquette. Il y a un piano, une petite batterie et on travaille ici. C'est que pour la musique, la création et les répétitions. Après il faut absolument aller sur un plateau.

Gullivan : La Centrifugeuz est un lieu dont il faut parler parce qu’il est accessible pour les artistes, il y en a même qui viennent de l’étranger. Il y a eu des Anglais, des Allemands, des amis québécois qui sont venus. 

 

Et ce n’est pas la première fois que vous faites une résidence au BBC ?

Gullivan : Non, on en a fait plusieurs. Au BBC, on a fait notre toute première résidence quand on s'est reformés avec les trois nouveaux membres du groupe, Jacky, Efflam et Simon. Ensuite nous sommes allés au Normandy une première fois et nous y sommes retournés pour la résidence capella. Mais avant nous sommes allés à Epinal, à La Souris Verte où nous allons jouer la semaine prochaine et faire des interventions en amont du concert. C'est ce qu'on cherche à faire maintenant, quand on va sur un territoire, on essaie d’avoir des possibilités d'intervention. Avec toute l’équipe sur scène, l’équipe technique et même le booker avec qui on partage le management, on est en capacité et on a envie de transmettre, de partager, éventuellement de former n'importe quel public. On va travailler sur un cahier pédagogique pour essayer d’étoffer un petit peu ça. D’ailleurs, avec Deny, on a participé à un stage PREAC mis en place par le FAR au Havre au CEM et au Tetris. On a pris quelques informations, on n’a pas eu le temps encore de mettre ça en place mais c'est bien de le faire savoir en Normandie et dans d’autres régions. La semaine prochaine à Epinal, on interviendra dès mercredi en amont des deux concerts de vendredi et samedi. 

 

Pourquoi ce choix d’Epinal ?

Deny : C'est assez marrant, c'est le patron de la salle, Emmanuel Paysant qui connaissait le groupe mais qui à la base n’était pas trop chaud pour nous programmer car il avait un avis défavorable.

Gullivan : Il avait un a priori sur le groupe.

Deny : En fait il est venu à un concert et il a carrément retourné sa veste et il a kiffé. Il a pris une vraie claque, et suite à ça il nous a invités en mettant la salle à disposition. On y est allé une semaine et on y retourne pour équilibrer le deal. C'était une belle rencontre.

Gullivan : Oui, et il a été franc et quelque part honnête de se remettre en question et de dire qu'il avait un a priori négatif. C'est un ancien musicien, un professionnel qui voit beaucoup d'artistes. En tout cas, ça nous touche, au bout de 30 ans, il y a quand même encore des programmateurs qui sont capables de se remettre en question ou en tout cas de rester curieux.
 

 

Et d’où venait son a priori ?

Deny : Je ne sais pas, il nous voyait comme un groupe de folklore (rires).

Gullivan : Autant en Normandie on arrive à jouer dans les SMAC, et encore pas toutes ; on n'a jamais joué à La Luciole.  Donc il y a des a priori qui peuvent être durables.

Deny : On a joué partout autour d’Alençon pourtant.

Gullivan : Il y a des SMAC qui nous ont programmés. C'est vrai que la musique qu'on propose fait normalement partie du cahier des charges des salles de musiques actuelles, ça fait partie des prérogatives. Le Ministère l'a bien dit, mais après qui l’applique ?

 

Justement, que pensez-vous de la place des musiques traditionnelles en termes de programmation dans le champ des musiques actuelles ?

Deny : Ça paraît logique de pouvoir être programmé.

Gullivan :  C'est une histoire politique, on ne va pas se mentir. L’industrie du disque et les gros producteurs ont la mainmise sur le marché et sur les subsides publics. Et c'est pareil avec les radios et la télé. C’est très compliqué maintenant d'avoir une programmation France Bleu national pour un artiste local s'il n'est pas signé dans une maison de disques. Donc ça veut dire que c'est de l'argent public qui va aux grosses boîtes.

Deny : Ce qui fait qu’il y a beaucoup de salles, de SMAC ou de festivals où on voit les mêmes artistes, ce sont les mêmes programmations, ils prennent tous la même chose.

Gullivan : Pour moi ça devrait être normal qu'un artiste local puisse être vu des anciens en EHPAD à la télé sur France 3 ou entendus sur France Bleu régulièrement et sur les radios locales. En étant un groupe de musiques traditionnelles - mais c’est pareil pour le jazz ou les musiques du monde -, on a un peu l’impression d’être les parents pauvres ou en tout cas les oubliés de l’affaire.

Deny : Et Manu à Epinal a joué le jeu. En Normandie, on a toujours eu le soutien, autant de Nicolas d’Aprigny au Normandy que de Paul Langeois au BBC.

Gullivan : Paul nous a toujours appréciés, mais Nicolas va plus loin dans l’accompagnement. Il a du temps à nous consacrer, il vient nous voir sur les différents spectacles et nous conseille encore sur l'amélioration de nos prestations sur scène ou sur le développement de notre carrière. C'est appréciable d'avoir ces deux personnes en région qui nous soutiennent toujours.

Mes Souliers Sont Rouges

« Faut se mêler » sort le 22 avril. Quelles sont les nouveautés apportées à ce nouvel album ?

Deny : Pour « Ce qui nous lie », notre précédent album, on est allé chercher des chansons récoltées par La Loure et on a refait tous les arrangements et les instruments. Sur notre nouvel album, il y n’a quasiment que des compos et il n’y a qu’une seule trad. On a demandé à des auteurs, dont Florent Vintrigner de La Rue Ketanou, Benoït Viquesnel qui est un pote et avec qui on a travaillé dès le premier album, Marion Cousineau qui est franco-québécoise d’écrire des textes. En plus de ces textes écrits par ces auteurs, on en a écrit un ensemble tous les cinq. C’est la première fois qu'on fait un truc tous ensemble. Ce qui est intéressant dans le projet, c'est qu’on a imposé des formes de texte pour que chaque chanson puisse être dansée. Et donc sur l'album, à côté du titre entre parenthèses, il y a le type de danse.

Gullivan : Des chansons à danser ou à répondre, il y avait ces deux « obligations ».

Deny : On a voulu ces formes-là, parce que comme dit souvent Gullivan, la musique traditionnelle, c'est aussi la musique d’aujourd’hui. On m'a posé la question de savoir si Mes Souliers Sont Rouges était un groupe engagé. Non, enfin on essaie de garder notre destin en main parce que sinon c'est d’autres qui vont le faire à notre place, il faut quand même se mêler. En fait, toutes les chansons traditionnelles parlent de peine d'amour, de peine de travail, de la guerre. Ce sont des chansons qui ont été écrites au moment où ça s'est passé. Eh bien nous, c'est pareil.

 

Dans les arrangements et les compositions justement, comment travaillez-vous entre les influences traditionnelles et les sonorités plus actuelles ?

Deny : On a un instrumentarium de base qui est un peu copié sur la musique traditionnelle québécoise, donc podorythmie : contrebasse, guitare, violon, accordéon, mandoline. Et avec l'arrivée de Jacky qui joue de l’ullieann pipes, la cornemuse irlandaise et qui a une grosse culture de cette musique tout comme Simon, Efflam qui joue de la guitare dadgad, c’est-à-dire de la guitare accordée de manière traditionnelle, ça nous a apporté cette culture-là. Après, tout se mélange, on garde du son et nos influences personnelles. C’est vrai que parfois ça fait un peu funky ou un peu jazz, mais c'est pas mal. Et c’est pareil pour les arrangements. Et ce qui est vachement intéressant, c'est qu’en trois ans, on est arrivé à un certain niveau d’écoute, d'habitude et de réflexe et donc, ça vient presque tout seul, ce sont presque des évidences.

Gullivan : Il y a une alchimie créatrice incroyable actuellement. Il faut même parfois arrêter tellement il y a d’idées.  D'ailleurs c'est ce qui s'est passé en studio sur une des chansons commandées à Marion Cousineau qui a écrit quatre titres. Sur cette chanson, « Garçon sur le bateau », on est allé très loin dans les arrangements, même une semaine avant d'aller en studio. C'était de la folie, il y en avait partout mais c'était incroyable. Et il y avait encore des idées qui trainaient, et c'est Etienne qui nous a enregistrés qui a mis le stop. Il nous a demandé de nous mettre autour d’une table et de travailler parce qu’on n’entendait plus le texte. Il y avait trop de musique, trop d’idées et d’arrangements. L'effervescence de la créativité du groupe en arrive jusque-là et c'est très positif.

Deny : Et sur scène, ça aura la même forme, car grâce à ce que nous a dit Etienne, on a resserré les boulons et on a pris du recul.

Gullivan : Et la chanson est superbe, on en est très contents. C’est une chanson qui parle du clitoris et elle est magnifique. Marion a superbement écrit cette chanson. Il y a eu beaucoup d'allers-retours entre le groupe, l’autrice et les auteurs, que ce soit Benoît ou Florent qui est venu à la Centrifugeuz pour travailler sur deux jours avec nous. Il y en a eu beaucoup après également et ça nous a donc permis de travailler à fond. Avec cette période COVID qui est un peu spéciale, on a pu travailler comme jamais, remettre en question le travail qu'on faisait de manière très régulière.

Deny : Il y a un truc qui nous a vachement aidés aussi, c'est d'avoir les textes et de ne s’occuper que de la musique. 

Gullivan : On a aussi fait un arrangement vocal à cinq sur une chanson de Marion, et c’était la première fois qu’on faisait cet exercice, d'amener nos cinq influences tout en restant en tradition orale. Efflam a aussi fait une adaptation d'un texte irlandais sur lequel on a changé la musique, « Les noces d'or ». Il y a également une traditionnelle qu'on a pris sur le répertoire de La Loure. On a demandé à Yvon et Etienne de nous sortir une liste de chansons qui mettent les femmes en valeur et on a choisi une chanson un peu croustillante sur l’histoire d’une vieille dame qui va faire la cour à des jeunots dans un bal. On la trouvait chouette, on a un peu changé la musique. Ça fait dix chansons parmi lesquelles il y a deux instrumentaux dont une suite qui fait 8 min 40. On l'a testée en live et les gens ont eu une réaction incroyable. C'est la première fois qu'on fait un truc aussi long et les gens ne s’ennuient pas. Il y a avec des moments très forts, des moments très doux.

Perrine : Cette suite est un morceau qui est hyper nuancé.

Gullivan :  Il y a parfois dans cette grande suite des aspects de musique de film, des ambiances où tu as l'impression d'avoir des images qui arrivent, chacun les siennes bien entendu. Mais on s’est tous dit, là on dirait un générique de série, là on dirait une grande fresque d'un film d'horreur, un truc inquiétant ou angoissant et après ça part sur autre chose.

Perrine : Il y a vraiment plusieurs univers dans cette chanson.

 

On connait la forme instrumentale de Mes Souliers Sont Rouges, mais récemment, il y a eu une forme a cappella. Est-ce que le projet a cappella était une parenthèse ou est-ce que Mes Souliers sont Rouges est maintenant à la fois l’un et l’autre.

Deny : C’était un crash test, mais cela faisait longtemps qu’on y pensait. Depuis 30 ans, on chante a cappella également. On s’est dit que ce serait quand même bien de compiler tout cela. On a essayé et on s’est bien éclatés.

Gullivan : On a eu cinq concerts sous cette forme, on en a annulé un. Avec le Covid, il y en a la moitié qui sont tombés à l’eau. Mais en tout cas, avec ces cinq-là, on a réussi tout de même. Par exemple, au BBC, on a sorti « Faut se mêler » en live et on va sortir pour la première fois de notre carrière un double vinyle. Sur cette version vinyle, il y a la version a cappella qui s’y trouve.

Deny : On parlait de Nicolas d’Aprigny du Normandy, et on peut dire qu’il nous a vachement accompagnés. Il nous a dit que c’était gonflé, que c’était osé, mais que c’était bien fait. Il nous a dit qu’on avait eu raison. On a joué pour Les Rendez-Vous Soniques au Théâtre.

Gullivan : On a pris le risque artistique d’offrir pour l’instant une parenthèse, mais on s’en servira peut-être plus tard. On verra dans le timing ce qu’on fera avec cette forme-là. Est-ce qu’on présente deux spectacles différents ? C’est notre souhait en fait et on va faire le bilan de tout ça et voir la possibilité.

 

Deux formes, pour des publics peut-être différents ?

Gullivan : Ça peut être pour des publics différents, mais ça permet pour le groupe, notre instrumentarium et tout notre savoir-faire, de jouer comme on le fait parfois dans les bars a cappella et sans rien du tout. On est en train de boire un coup et on se dit allez, tiens on va chanter une chanson, et du coup tout le monde est surpris. Ça nous permet de jouer pour n’importe qui, n’importe où, jusqu’à jouer au Zenith. Donc on peut traverser toutes les salles, toutes les situations. C’est ça la musique populaire de tradition orale.

 

Sur ces derniers concerts, on peut également parler de l’arrivée de Perrine, la chansigneuse du groupe. Qu’est-ce que cette expérience avec Mes Souliers Sont Rouges t’apporte et avais-tu déjà travaillé avec d’autres groupes auparavant ?

Perrine : J’avais déjà travaillé avec deux ou trois groupes, c’était vraiment au tout début où j’ai commencé à me pencher sur l’accessibilité musicale en France. J’ai rencontré le groupe il y a trois ans maintenant.

Gullivan : C’était le jour de la sortie de notre précédent album, fin mars 2019.

Perrine : A ce moment-là, je me disais qu’en France on était vraiment en retard à ce niveau. Je suis allée les voir à la fin d’un concert pour leur proposer de faire quelque chose ensemble. Ça s’est fait comme ça, deux mois après, Gullivan m’a dit qu’ils jouaient au Café de la Danse à Paris et m’a proposé de venir.

Gullivan : On a joué là-bas sans répétitions, sans filet… et c’était parti.

 

Pas de répétitions, mais tu connaissais quand même les paroles ?

Perrine : Ah oui, bien sûr. C’est impossible qu’un concert soit chansigné sans préparation, improviser est infaisable. Ils m’avaient envoyé les audios et les textes pour que je puisse travailler pendant le mois et demi avant la représentation.

Mes Souliers Sont Rouges

On connait la langue des signes en ce qui concerne les discours, ou encore les journaux télévisés, mais pour le chansigne, le travail doit-être différent car on doit également faire passer l’ambiance et la musique ?

Perrine : Oui, ce n’est pas seulement une traduction de texte, la façon de traduire est plus artistique. On va choisir des signes plus adaptés. Il y a quelque chose de moins formel que pour les discours politiques. C’est quelque chose qui doit entrer en musique, il y a un rythme à traduire, il y a aussi les instruments.

Gullivan : Les double sens également, la poésie.

Perrine : La partie instrumentale et artistique doivent être mises en valeur. 

Gullivan : J’ai envie de dire que ce n’est pas une traduction, c’est une chorégraphie à apprendre. Le chansigne, c’est un long travail de choix. Chaque chansigneuse ou chansigneur choisit ses signes.

Perrine : C’est comme pour une personne qui va écrire une chanson, elle ne va pas l’écrire en deux secondes. Il y a tout un travail d’images, de rimes, de sons. Pour pouvoir rendre hommage à cette chanson, on a besoin de temps pour s’imprégner de l’univers de l’artiste, savoir quel est le style de musique, quels instruments il y a derrière et quelles émotions ces instruments véhiculent. C’est vraiment un ensemble à prendre en compte.

 

C’est vrai qu’on pense traduction du texte, mais pas nécessairement à la traduction de la musique, des sons et des ambiances.

Gullivan : Au BBC, c’était génial, il y a des familles qui sont venues et qui étaient juste devant la scène. Tu voyais la maman et deux de ses enfants, qui, comme il y avait des chansons à répondre, répondaient et signaient. 

Perrine : C’était un chouette moment.

Gullivan : C’est quelque chose qui intéresse, même notre public actuel.

Perrine : Il faut que ça puisse se diffuser et se démocratiser aussi. Les demandes sont plus des demandes de festivals, pas celles de groupes. Il n’y a qu’avec Les Souliers qu’il y a ce travail d’intégration, de concert accessible sur une vraie durée et pas sur un one shot ou seulement sur quelques chansons.

Gullivan : La première expérience à Paris avec Perrine a été cash. On ne lui a pas dit de se mettre dans un coin et de ne pas bouger. On ne lui a pas dit non plus où aller, elle a trouvé naturellement sa place. C’est comme ça qu’on a envie de fonctionner. Ça s’est fait naturellement, à côté du lead. On est plusieurs chanteurs dans le groupe, on se partage les leads, même s’il y en a certains qui chantent un peu plus. Perrine s’est mise à côté de la personne qui chantait, de manière à ce que le public malentendant vive le spectacle et ne soit pas en train de tourner la tête dans un coin pour voir ce qui se passe. Il y a une cohérence, et j’espère, quelque chose d’agréable pour la personne concernée. Nous créons la musique et le répertoire à cinq, nous créons les spectacles à six, sept ou huit avec Perrine et les techniciens. En résidence, on est huit à travailler ensemble et chacun a son mot à dire.

 

« Maraicher mon ami » premier clip et single du nouvel album vient de sortir récemment. Où a-t-il été tourné et par qui ?

Deny : Le clip a été tourné à Granville et les environs. C’est Jonathan Perrut qui l’a réalisé. Ils sont arrivés à une dizaine pour le tournage, et ça s’est super bien passé. J’ai su après que toute l’équipe du tournage était fan du groupe. On a vécu deux jours de fous malgré le froid. Les figurants ont assuré jusqu’au bout.

Gullivan : Pour les figurants, on a fait appel à notre public. La ville de Granville a communiqué sur ses réseaux. Même si la température n’était pas clémente, on a vécu une superbe expérience.

 

Un prochain single ou un prochain clip sont déjà prévus ?

Gullivan : On ne sait pas encore, mais on a des idées. Dans « Maraicher mon ami », il y avait Amélie-Les-Crayons que nous avons invitée sur l’album et sur cette chanson. Est-ce qu’on fera la chanson avec La Rue Ketanou, est-ce qu’on fera « Faut se mêler » parce que c’est le titre de l’album ? On verra parce que ça demande un certain investissement et ce n’est pas simple dans le contexte actuel.

 

Pour terminer, quelle vision avez-vous de la scène normande actuellement ?

Deny : Si on parle des copains, il y a Manigale avec Stéphane qui est un ancien Soulier. Ce qu’ils font est super. Hot Rod 56, c’est pareil, ce sont de vieux copains. J’apprécie aussi le travail de Huit Nuits.

Gullivan : Sans parler des copains, ces dernières années, j’ai découvert Superpoze, Fakear, Orelsan et j’aime leur travail. J’ai découvert le travail de Superpoze quand il était sur la presqu’île et je trouvais ça super. Je me disais que là, il y avait un musicien et un artiste. Ce n’est pas forcément une musique qui m’attire plus que ça, mais là, j’étais vraiment agréablement surpris. Et pareil pour Fakear pour les concerts de la Fête de la Musique de la Région à l’Abbaye aux Dames. Là, on parle rap et musiques électroniques, mais il y a pléthore de groupes, que ce soient des potes ou pas. On a une région qui est ultra riche en artistes depuis très longtemps, et nos politiques ne se rendent pas compte de cette richesse et de ce qu’ils pourraient en faire. On est un territoire très attirant au niveau artistique et au niveau qualité de vie. D’autres régions qui ont peut-être moins d’artistes ont su les mettre en avant et c’est tout à leur honneur. Sur la longueur, parce que ça fait 30 ans qu’on fait ce métier, on peut se dire qu’il y a une forme de gâchis, le fait que nous Normands, nous ne nous tournions pas vers nos propres artistes, nous n’allions pas voir ce qu’on fait sur notre territoire.

 


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