Le metal, sa culture, ses pratiques

Quelques éléments pour mieux comprendre cette identité musicale

Bien souvent, le grand public et les médias généralistes n’hésitent pas à « prendre des raccourcis » pour parler de ce style musical : violent, agressif, bruyant, dangereux... On met en exergue son statut de musique marginale, anticonformiste, communautaire (parfois même sectaire) et de musique blasphématoire et antireligieuse sous son aspect le plus extrême quand on évoque le black metal ou le death metal entre autres.

Objet de stigmatisation, on lui concède encore souvent, sans oser le dire, peu de crédibilité artistique, on réduit souvent à la caricature ceux qui jouent cette musique et ceux qu’ils l’écoutent. Depuis son apparition au début des années 70, les tentatives de dialogues et de compréhensions entre amateurs et détracteurs de metal sont peu nombreuses. Chacun défend ses positions, voire les radicalise.

Les « a priori » ne manquent pas tant sont grandes la méconnaissance et l’incompréhension des valeurs de cet univers musical. Le metal « tous styles confondus » est une musique à caractère clivant, c’est certain. Par delà le radicalisme sonore et esthétique qui fait son identité, les différents styles qui le composent sont nombreux et, du hard-rock classique au black metal le plus sombre en passant par le hardcore le plus enragé ou l'hermétisme du grindcore, un non initié peut aisément s’y perdre.

Marginalisé tout autant que marginal volontaire, le metal se tient certes, à l’écart des tendances musicales qui « font le buzz », mais la production des groupes, les initiatives associatives ou de réseau, les lieux et événements dédiés en France comme ailleurs, font preuve d’une réelle vitalité et leur public constitue un vivier aussi engagé qu’ignoré. Un public fidèle, une scène diversifiée, des groupes qui fréquentent les studios certes, mais qu’en est-il de la programmation dans les salles de concert ?  C’est là que le bât blesse. Les artistes metal, hors pointures internationales, se font discrets, rares, voire inexistants dans les programmations. Même sur les scènes de musiques actuelles, les riffs rageurs et les voix saturées ont parfois du mal à passer du studio à la scène... Dans le même temps depuis quelques années (et même depuis quelques décennies mais de manière très confidentielle), le metal est l’objet d’études sérieuses qui s’attachent à comprendre et à démontrer, l’exigence musicale, esthétique et idéologique de ces musiques.

Rites et codes dans le metal : revendication et caricature

Le look apparaît comme un élément fondamental dans cet univers musical (vêtements customisés, chaines, bracelets avec ou sans ornements de metal, divers apparats gothiques, tatouages, corpse paint...). La longueur de la chevelure a longtemps été l’un des codes de reconnaissance principal des metalleux et le reste encore aujourd'hui pour une part importante, même si la fin des années 90 a vu un changement s’opérer sur ce point. La rencontre du metal avec d'autres style musicaux : gothic, rap, musique industrielle, electro… a engendré une diversification du look.

N’oublions pas que d'un point de vue culturel et social, les signes distinctifs, les codes sont essentiels et pas seulement chez les plus jeunes. Par une revendication de l'apparence, ils sont un moyen d’affirmer une identité et d'exprimer ainsi une appartenance à un groupe, à un clan. Quel que soit l’âge, on retrouve de manière générale une tendance, un besoin de s’identifier, de se conformer à un modèle établi, selon les circonstances d’écoute ou de pratique. Sur ce point, il en va du metal comme d'autres musiques. Mais ne stigmatisons pas, dans le metal, nombreux sont cependant les fans qui ne portent aucun élément vestimentaire identitaire et restent indifférents aux tatouages ou autres transformations corporelles.

Le concert de metal : un lieu de rites symboliques

Le concert de metal, dans son déroulement, son atmosphère environnante et ses modes comportementaux, peut être vu comme un rituel contemporain. On y retrouve divers éléments à travers lesquels, ceux qui revendiquent leur appartenance, leur adhésion culturelle et musicale à la « communauté metal » se reconnaissent. Ces gestes et attitudes constituent des rites qui concernent le public comme les musiciens. Parmi les plus représentatifs :

  • Le « signe de la Bête » : mouvement du bras levé vers le haut, poing fermé, excepté l’index et l’auriculaire dressés vers le haut. Dans l’imagerie sataniste médiévale, ce signe est associé aux cornes du diable, parfois représenté sous forme d’un bouc. La paternité de ce geste, devenu signe de ralliement, est attribué au groupe anglais Black Sabbath et remonte aux débuts des années 80. C’est également devenu un signe de communication entre beaucoup de groupes et leur public à plusieurs reprise durant les concerts.
  • Le « headbanging » : mouvement de la tête au rythme du morceau joué.
  • Le « pogo » : issu du punk, c’est aujourd’hui une pratique courante dans les concerts de metal. Il s’agit de bouger au rythme de la musique tout en cherchant à bousculer ses voisins et à engendrer une réaction similaire collective.
  • Le « stage diving » ou « slam » : un saut dans le public depuis la scène, tel un plongeon dans l’eau, afin de se faire porter à bout de bras.
  • Lors de certains concerts ou de manière encore plus déployée au pied des grandes scènes des festivals, des moments comme le « circle pit » (mouvement collectif circulaire à un rythme très rapide) ou le « wall of death » (mur de la mort, où le public se sépare en deux rangées avant d'effectuer un choc de masse corporel) font également partie du rituel.

La musique metal : une énigme sonore pour les non-intités ?

Les composants musicaux traditionnels d’un groupe de metal s'articulent particulièrement autour de l'axe guitare, basse, batterie. Généralement le son saturé de la guitare est le « symbole sonore » principal de cette musique, tout comme l‘accélération ou la lenteur (on lui préfère souvent le terme lourdeur) du rythme, de l‘exécution technique. La voix est aussi une caractéristique déterminante, du chant clair le plus mélodique à l'expression plus sombre du chant saturé, guttural, éraillé, hurlé, s'éloignant volontairement de tout caractère mélodique.
Mais le metal aujourd’hui en tant que terme générique, englobe une multitude de styles, eux-mêmes parfois divisés en sous-genres : hard rock, heavy metal, speed metal, trash metal, death metal, doom metal, symphonic metal, black metal, gothic metal, industrial metal, electro metal, hardcore, deathcore, metalcore, nu metal, rap metal, heavy melodic, folk metal, pagan metal, progressive metal... Ce labyrinthe stylistique induit des caractéristiques, des codes propres à chaque esthétique qui dans la plupart des cas ont réellement leur importance dans l’approche musicale proprement dite.

Le metal, dans ses mouvements les plus extrêmes nécessite un certains temps « d’acclimatation » avant de comprendre puis d’apprécier son contenu musical. D’un premier abord, il est très difficile de le décomposer et là où les profanes n'entendront que bruit assourdissant et cacophonie, un fan de metal aguerri décryptera avec précision, des particularismes. Force est de reconnaître qu'un musicien de black metal entendra toujours mieux ce qui se passe dans un morceau de black metal qu’un « éminent musicien » pour qui cette musique est « étrangère » même s’il connaît les arcanes, les architectures sonores qui forgent historiquement la musique et que son oreille a été éduquée en ce sens.

Les outils du metal

L’une des caractéristiques communes à tous les genres du metal est l’omniprésence du riff de guitare dans la plupart des compositions et l’utilisation quasi systématiques des « powerchords » (accords de puissance), une technique guitaristique qui par la suite est devenue en quelque sorte une définition musicale du metal. Dans ses esthétiques les plus radicales (black metal, death metal…), de nouveaux termes musicaux sont apparus pour définir le jeu spécifique des musiciens comme le « mono-accord » (martelage d’un seul accord sur la guitare) et le « bi-accord », (alternance de deux accords joués de manière très rapide).
Concernant les sonorités de la guitare et du son du groupe en général, une tendance apparue au milieu des années 90, s’est confirmée dans les deux décennies qui ont suivi : la recherche d’un son de plus en plus grave. Dans ce but, les guitaristes et bassistes ont mis en application des techniques d’accordage précises qui vont consister, pour les guitares, à descendre d’un ton la corde de mi grave, voire à s’accorder intégralement parfois jusqu’à un ton et demi en dessous de l’accordage standard. L’utilisation de la guitare à sept cordes (avec un si grave en supplément) est devenue habituelle dans cette musique, certains musiciens ayant même recours à la guitare à huit cordes ou à une basse à cinq, voir six cordes. Autre particularisme rythmique par exemple, le « blast beat » qui est une technique de jeu de batterie qui consiste à jouer en boucle le plus rapidement possible deux coups de grosse caisse et un coup de caisse claire, tout en frappant simultanément les cymbales , de façon à noyer le son.

La voix dans le metal

Comme exprimé précedemment, la voix recouvre une palette sonore très large allant du chant le plus clair et affimément mélodique au chant le plus saturé, extrême et volontairement dénué de tout repère mélodique. Le screaming plus généralement nommé « scream » est une technique vocale qu'utilisent les musiciens de metal depuis les années 70 pour chanter dans le registre aigu de manière prolongée et avec une puissance maximale. Le « growl », « grunt » ou « death growl » est le terme employé par les musiciens pour définir un  type de chant grave et guttural. Le « pig squeal » plus extrême (qui fait référence au cri animal comme son nom l'indique) est tout particulièrement utilisé dans le grindcore, le deathcore... Tout ces particularismes n'excluent pas l'usage d'une technique vocale plus « lyrique » et de procédés polyphoniques dans certains styles comme le metal symphonique notamment.

Mises en scène et imaginaires

Dans les processus de création, les textes apparaissent aussi importants que la musique elle-même. On retrouve un grand choix de sujets : la mythologie, empruntant des thèmes chers à sa littérature, le fantastique, la poésie, la philosophie antique, sans bien entendu omettre l’amour, la mort, mais aussi le chaos et la guerre, la revendication sociale ou politique, ainsi que des thèmes de société comme l’écologie, la mondialisation… tout en conservant les sujets empruntés au rock, le sexe, la drogue...

Certes, la scène metal, notamment à travers ses groupes les plus extêmes, peut paraitre, voire être, provocatrice. La scénographie de certains groupes peut renvoyer une image, un message éthiquement incompréhensible pour le public et volontairement instrumentalisé lorqu'il est véhiculé par les médias classiques. Ceci pour rappeler qu'il est cliché que d’affirmer que le satanisme serait le sujet de prédilection de cette musique. Il l’est dans certains styles précis du metal et si certains musiciens le revendiquent à l'extrême, il est plus souvent utilisé par les groupes comme métaphore pour exprimer un regard actuel et engagé sur le monde... ne l'oublions pas !

Pour aller plus loin

« La France aime t-elle le metal ? »

Article de Fabien Hein, doctorant en sociologie et auteur de l'ouvrage « Hard rock, heavy metal, metal - Histoire, culture et pratiquants », paru dans la collection « Musiques et société » aux Éditions Mélanie Séteun et IRMA Éditions.

Voir l'article

 

« Ces sociologues qui percent le metal »

Par Vincent Cocquebert pour Technikart.

Voir l'article

 

« Metal et controverses »

Conférence donné par Corentin Charbonnier, doctorant en anthropologie à l'Université de Tours

 

Camion Blanc

Éditeur francophone de référence sur les mouvements et les groupes de la scène rock, Camion Blanc publie également un nombre important d'ouvrages thématiques sur le metal.

Voir le site

 

Sueur de metal

Site web proposant un agenda des concerts de metal en France.

Voir le site