La musique et l'impressionisme

Quelques repères

Préambule

Dans le cadre du projet « Normandie Impressionniste 2013 », le FAR propose deux déclinaisons musicales autour de ce thème.
« Du chœur éphémère à la musique liquide » rassemble deux propositions artistiques distinctes qui ont pour vocation de faire découvrir des imaginaires musicaux, œuvres d’artistes emblématiques d’une époque féconde qui a vu naître des œuvres majeures et un bouillonnement de démarches artistiques qui affrontent les courants artistiques en place. Les projets déclinés par le FAR dans le cadre de cette thématique régionale sont destinés à sensibiliser les publics notamment à travers le dispositif « Qu’est-ce concert ? » dans le cadre de la « Nuit Impressionnante », une programmation Caen Soirs d’été, mais également par le biais d’une proposition formative en direction des chanteurs et la constitution d’un « Chœur Ephémère » qui se produira dans le cadre du festival « Septembre Musical de L’Orne ».

Quelques notes sur l’impressionnisme

Du mouvement pictural aux déclinaisons musicales

L'impressionnisme est initialement un mouvement pictural français né de l'association de quelques artistes de la seconde moitié du XIXe siècle. Fortement critiqué à ses débuts et boudé par le public, ce mouvement s’est manifesté notamment de 1874 à 1886 par huit expositions publiques à Paris, et marqua la rupture de l'art moderne avec l'académisme. L'impressionnisme est notamment caractérisé par une tendance à noter les impressions fugitives, la mobilité des phénomènes climatiques, plutôt que l'aspect stable et conceptuel des choses et à les reporter directement sur la toile. Ce courant esthétique eut également une grande influence sur l'art de cette époque, la peinture bien entendu, mais aussi la littérature, la musique ou encore la mode vestimentaire.
Ce qui caractérise le plus l’impressionisme, qu’il soit pictural, musical ou autre, c’est d’abord un positionnement artistique qui affirme la rupture avec l’académisme de l’époque et sa hiérarchie des genres, la rupture avec les lieux officiels de représentation artistique, l’opposition au systématisme des thèmes traditionnels, le renouveau des sujets et la nécessité de créer un art original et personnel.

La musique impressionniste est devenue un courant musical prédominant entre 1890 et 1920. Il s’est caractérisé prioritairement par une volonté d'idéaliser l'univers qui le rattache au symbolisme et par un usage pictural des sonorités. L'impressionnisme musical connaîtra à partir des années 1890 une extension rapide en France notamment à travers les compositions emblématiques de Claude Debussy et Maurice Ravel ou encore les œuvres plus méconnues du compositeur normand Martial Caillebotte. Cet engouement stylistique gagnera l’Angleterre à travers l’œuvre des compositeurs Frederick Delius ou Franck Bridge, l’Allemagne avec Franz Schreker, l’Italie, la Pologne et même les États-Unis avec Charles Griffes, considéré comme le plus impressionniste des compositeurs américains. En Norvège, ces sont les compositeurs Alf Hurum, Pauline Hall ou encore Bjarne Brustad qui seront porteurs de ce courant. L’influence de la culture française et le courant impressionniste influencera également quelques compositeurs japonais, comme Yoritsune Matsudaira dans ses débuts.

Dans les compositions musicales qui sont contemporaines de l'impressionnisme pictural, on retrouve inévitablement des inspirations proches : la référence à la nature, notamment à l'eau, comme source de sensations, souvent affichée dans les titres des pièces musicales, la recherche de correspondances entre l'ouïe et les autres sens, évoquant par exemple des « couleurs » musicales provoquant une écriture qui vise à l'harmonie par petites touches indépendantes, un peu à la manière « pointilliste ».

Là où la musique peut correspondre aux visées de l’impressionnisme en peinture, c’est certainement dans ses aptitudes à suggérer les phénomènes dans leur durée. En effet, la musique est reconnue comme un art du temps, un art impalpable, insaisissable. Le matériau sonore peut, à sa façon, suggérer le mouvement par des jeux de textures, des motifs répétés se combinant et se transformant graduellement.

Le terme d’impressionnisme en musique a, malgré tout, été l’objet de nombreuses controverses depuis sa création. Critiques, musicologues et parfois les compositeurs eux-mêmes ayant pour certains, exprimé en leur temps une grande réticence devant cette appellation. Cette notion de « musique impressionniste » n’avait alors au tournant des deux siècles que rarement droit de citer.
Même si Debussy a été associé très tôt à l’impressionnisme musical dans l’imaginaire collectif et qu’il appartient à ce mouvement par les thèmes qu’il aborde, il reste plus près du courant symboliste, qu’impressionniste. Transcendant à la fois l’impressionnisme et le symbolisme, le langage musical de Debussy s’inscrira dans une modernité radicale et étrange paradoxe, bien qu’il se soit fortement défendu pour qu’on ne lui attribue pas d’étiquette l’associant aux peintres impressionnistes, le rattachement à cette dénomination aura largement contribué à sa popularité.

L'impressionnisme musical peut se caractériser par trois principales composantes identifiables :

  • La référence à la nature et à la réalité comme source de « modèles » et de sensations, que l'on va s'efforcer de retranscrire et d'exprimer musicalement. Cette référence est souvent affichée dans les titres (« Jardins sous la pluie », « Reflets dans l'eau », « Nuages » ou « Printemps », de Claude Debussy, « Oiseaux tristes » ou « Une barque sur l'océan » de Ravel, « Baigneuses au soleil » ou « En Languedoc » de Déodat de Séverac, ...).
  • La recherche de correspondances sensorielles entre l'ouïe et la vue, voire l'odorat (comme dans les « Parfums de la nuit », deuxième partie du tryptique « Iberia » de Debussy) ou le toucher.
  • L'écriture musicale nuancée et diffuse, souvent fondée sur un certain poudroiement, une division de la substance musicale, que l'on peut rapprocher des techniques de peinture par petites touches propres aux impressionnistes tels Monet ou Seurat. Dans cette écriture qui tend au « pointillisme », le rythme et la mélodie tendent à la fluidité ; l'harmonie, à tendance non fonctionnelle, est posée par touches d'accords indépendants, mis côte à côte comme des couleurs, des effets de lumière variable appuyés par l'utilisation de changements subtils d'orchestration.

Prolongements artistiques

Si de nombreuses œuvres instrumentales et à une moindre échelle vocales se sont rattachées à ce courant artistique, cette notion de « musique impressionniste » est assez fortement tombée en désuétude après la Première Guerre mondiale. Cependant, certains compositeurs de la seconde moitié du XXe siècle, en France comme à l’étranger, chercheront parfois, à travers certaines de leurs pièces à réintroduire cette notion d’impressionisme musical. Les procédés impressionnistes ont pu être repris dans certaines démarches aussi bien dans le pointillisme post-webernien de l'école sérielle que dans le « tachisme » de l'école polonaise ou encore dans les techniques de Ligeti. On évoquerait même un impressionnisme « électroacoustique »à travers certaines œuvres de François Bayle (« Espaces inhabitables »), ou de Bernard Parmegini (« Capture éphémère »).

Pour prolonger la connaissance

Quelques références bibliographiques

F. Sabatier, Miroirs de la musique, XIXe-XXe siècles, t. II, Paris, Fayard, 1995, p. 335-339.

Michel Fleury, L'Impressionnisme et la Musique, Paris, Fayard, 1999.

Enregistrements France Culture / Musée d'Orsay

Voir sur www.franceculture.fr